L'air en France

Air, climat, énergie

Les enjeux sanitaires liés à la qualité de l’air sont peu dissociables des enjeux énergétiques et climatiques, mais aussi des politiques d’aménagement du territoire, d’urbanisme, de mobilité, etc. La problématique de la qualité de l’air nécessite en cela une mobilisation de tous les ministères concernés et, au niveau territorial, des actions intégrées.

Une approche transversale est donc à renforcer pour que les politiques d’aménagement du territoire, d’urbanisme, de déplacements, etc. tiennent compte de façon conjointe des enjeux liés à l’air, au climat et à l’énergie.

La plupart des activités émettrices de pollution sont associées à une consommation d’énergie. Amélioration de la qualité de l’air et adaptation au changement climatique par la transition énergétique sont ainsi étroitement liés. Mises en synergie, les actions qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (déplacements motorisés, secteurs résidentiel, tertiaire, industriel et agricole) ont généralement un effet positif sur les émissions de polluants atmosphériques locaux. Il convient ainsi de privilégier les actions ayant des co-bénéfices sur la santé et le climat.

Cependant dans certains cas, les actions menées en faveur du climat peuvent dégrader la qualité de l’air extérieur et intérieur si elles ne font pas l’objet de dispositions particulières.

Par exemple, dans les secteurs suivants :

  • Bois-énergie : la combustion de bois et la biomasse sont des modes d’énergie renouvelable préconisés dans la lutte contre le changement climatique car ils permettent de diminuer les émissions de CO2 tout en évitant de recourir aux énergies fossiles. Mais ces combustions peuvent s’accompagner de rejets de polluants de l’air (particules, HAP, NOx, COV, …) selon les installations de chauffage au bois ou l’origine de la biomasse. Le développement de cette énergie doit donc être accompagné par un renouvellement accéléré du parc vers des appareils très performants et moins émetteurs de polluants.
  • Énergie et urbanisme : si la densification urbaine est un moyen de réduire les émissions de CO2 en diminuant globalement les besoins en transports et en consommation d’énergie, les villes peuvent devenir des zones soumises à des niveaux importants de pollution notamment dus à la concentration du trafic routier. Pour y pallier, la qualité de l’air doit être mieux prise en compte dans les schémas de cohérence territoriaux, les plans locaux de l’urbanisme ou encore les règlements de zones d’aménagement concerté. Les cartes stratégiques de l’air des AASQA permettent de visualiser les principaux enjeux croisés air / forme urbaine / développement urbain.
  • Performance énergétique et qualité de l’air intérieur : si l’isolation accrue des nouveaux bâtiments, bureaux ou logements, permet de limiter très fortement les consommations énergétiques, la qualité de l’air intérieur peut s’en trouver dégradée en raison d’une moindre possibilité d’aération ou d’un dimensionnement insuffisant des ventilations mécaniques.
  • Transition énergétique et transports routiers : si les véhicules diesels émettent moins de CO2/km, ils sont plus fortement émetteurs de particules et d’oxydes d’azote, surtout les plus anciens, que les véhicules à essence. Pour une transition vers une mobilité plus soutenable en termes d’énergie, de climat et de qualité de l’air, le renouvellement progressif d’un parc automobile moins polluant et plus économe en énergie et gaz à effet de serre est à surveiller afin de ne pas aggraver les problèmes de particules et d’oxydes d’azote dans les zones urbaines.
  • Agriculture : Dans le secteur agricole, des stratégies pour réduire les émissions d’ammoniac (NH3) et améliorer ainsi la qualité de l’air existent. Mais elles peuvent présenter des antagonismes avec les émissions de gaz à effet de serre tels que le protoxyde d’azote (N2O), dont les effets sur le climat sont 310 fois plus puissants que ceux du CO2. Par exemple, certaines techniques d’épandage (enfouissement des engrais minéraux, utilisation de pendillards, injection du lisier dans le sol, incorporation rapide du fumier…) permettent la diminution de la surface de contact des fertilisants avec l’air et contribuent ainsi à réduire les émissions de NH3. Mais ces techniques augmentent les quantités d’azote apportées dans le sol, ce qui pourrait favoriser des émissions de N2O dans certaines conditions d’humidité du sol.

Inversement, de nombreux polluants réglementés au titre de l’air ambiant sont des gaz à effet de serre, forceurs climatique à court terme. Ces polluants de l’air, dangereux pour la santé, appellent des actions rapides et localisées, particulièrement dans les villes, lieux d’exposition les plus touchés.

Pour exercer leurs missions d’observatoires de l’air, les AASQA ont donc adopté de longue date une approche transversale air-climat-énergie intégrant le volet sanitaire. Leurs inventaires de consommations d’énergies, d’émissions polluantes et de gaz à effet de serre recensent les sources de pollution selon 6 secteurs d’activité (transports routiers et non routiers, agriculture et nature, industrie, production et distribution d’énergie, résidentiel et tertiaire). Ils permettent de lier tous ces enjeux de l’atmosphère et de scénariser l’impact des choix politiques en matière d’urbanisme et de mobilité.

Pour leurs collectivités territoriales partenaires, des AASQA adaptent et affinent les outils de quantification des émissions de GES pour répondre aux différents cadres de rapportage (bilan GES réglementaire, convention des maires, Conseil international pour les initiatives écologiques locales, etc.) tout en respectant les critères de qualité onusiens MRV (Mesurable, Rapportable, Vérifiable).

Couplés à leur expertise de plus de 40 ans, ces outils font des AASQA les partenaires privilégiés des collectivités locales pour les aider à concevoir des territoires respirables, sobres en énergies et émissions de gaz à effet de serre.